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À chaque mois, nous abordons un thème différent avec un mot de la direction ainsi que de courtes vignettes portant sur les fonds, les philanthropes et les organismes qui forment la communauté de la FGM en se mettant à l’écoute et au service de la communauté du Grand Montréal.

Renforcer le pouvoir d’agir des communautés autochtones

// Le mot de la FGM – juin 2026 //

Quand on parle des enjeux autochtones à Montréal, il faut d’abord reconnaître une réalité souvent méconnue : les peuples autochtones font partie intégrante du tissu social montréalais. Plus de 12 000 Autochtones vivent dans la ville de Montréal, et plusieurs milliers d’autres dans la grande région métropolitaine. Cette population est diverse, composée de personnes issues de nombreuses nations et ayant des profils socioéconomiques variés, venues de partout au Québec et d’ailleurs au Canada.

Les défis auxquels font face les Autochtones en milieu urbain sont multiples et touchent pratiquement tous les aspects de la vie. L’une des réalités les plus visibles demeure celle de l’itinérance. Les Autochtones sont surreprésentés parmi les personnes en situation d’itinérance et continuent de rencontrer d’importants obstacles pour accéder à des services culturellement sécuritaires, à des soins de santé adaptés, à des ressources en santé mentale ou pour le traitement des dépendances, ainsi qu’à des solutions de logement durables.

Nos organisations communautaires autochtones travaillent sans relâche pour accompagner ces personnes et bâtir des ponts avec les institutions. Au cours des dernières années, nous avons vu émerger des collaborations prometteuses avec les réseaux de la santé et des services sociaux, notamment par la création de corridors de services et de trajectoires mieux adaptées aux réalités autochtones. Toutefois, le manque de financement, de ressources humaines spécialisées et de reconnaissance institutionnelle continue de limiter la portée et l’efficacité de ces initiatives. Trop souvent encore, des histoires de souffrance, des épisodes de trafic humain et même des décès nous rappellent les conséquences humaines de ces insuffisances.

Mais les enjeux autochtones à Montréal ne se limitent pas à l’itinérance. De nombreuses familles choisissent de s’établir ici pour étudier, travailler ou offrir de nouvelles possibilités à leurs enfants. Ces familles ont besoin de logements abordables, de services de proximité, d’espaces culturels, de loisirs et de soutien correspondant à leurs réalités. Malgré des années de travail et de mobilisation, très peu de logements autochtones ont encore vu le jour à Montréal, alors que les besoins sont criants.

La question culturelle est également fondamentale. En milieu urbain, nous sommes éloignés de nos territoires traditionnels et avons un accès limité aux gardiens du savoir, aux langues et aux pratiques qui nourrissent nos identités. Pourtant, la vitalité culturelle demeure un facteur essentiel de bien-être, de guérison et de réussite. Le défi est immense : il ne s’agit pas de soutenir une seule culture, mais bien des dizaines de cultures autochtones qui cohabitent au sein de la métropole.

Malgré ces défis, je demeure optimiste. Je constate chaque jour la force de notre société civile autochtone. Les organismes autochtones urbains développent des solutions innovantes, bâtissent des partenariats durables et répondent aux besoins réels des communautés. Ils sont souvent les mieux placés pour concevoir des services appropriés, parce qu’ils sont enracinés dans les réalités vécues par les personnes qu’ils accompagnent.

À mes yeux, l’avenir passe par un renforcement de ce pouvoir d’agir. L’autodétermination des peuples autochtones doit aussi s’exprimer en milieu urbain, à travers des organisations dirigées par et pour les Autochtones, capables de développer leurs propres réponses aux enjeux qu’elles connaissent le mieux.

Dans cette perspective, la Fondation du Grand Montréal joue un rôle essentiel. Au-delà du financement qu’elle offre, elle agit comme levier, comme partenaire et comme porte-voix. Elle contribue à sensibiliser l’ensemble du milieu philanthropique et à mobiliser les ressources nécessaires pour soutenir des initiatives structurantes et durables.

Les défis demeurent importants, mais les solutions existent. Elles passent par l’écoute, la collaboration et la confiance accordée aux organisations autochtones qui travaillent chaque jour à bâtir une métropole plus inclusive, plus juste et plus humaine pour tous.

Philippe Tsaronséré Meilleur

Directeur général, Montréal Autochtone
Membre du conseil d'administration, Fondation du Grand Montréal