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Speech from Yvan Gauthier as part of the 2020 Vital Signs report launch



Bonjour à tous,

Merci d’être à l’écoute. J’espère que vous vous portez bien. Good morning everyone.

Merci, Michel, de nous prêter à nouveau la tribune de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain pour une discussion importante sur ce portrait global de la communauté du Grand Montréal, qui porte sur les années 2000 à 2019.

Le développement social et l’économie sont des vases communicants. Nous en avons une illustration tellement brutale depuis le mois de mars. Lorsque les conditions sociales et sanitaires ne sont pas réunies, l’économie s’arrête.

Aujourd’hui, on ne parlera pas spécifiquement de la pandémie, mais ce sera un peu l’éléphant dans la pièce. C’est-à-dire que ce Montréal au combat contre un ennemi invisible, c’est le produit des dernières années. Montréal se bat avec les forces qu’elle a su développer et malgré les faiblesses qu’elle n’a pas su compenser.

Je présente d'abord, en quelques mots, la Fondation du Grand Montréal. Notre fondation fait partie d’un réseau de près de 200 fondations communautaires au Canada et d’un mouvement international présent dans plus de 60 pays. Nous agissons un peu comme une Caisse de dépôt de la philanthropie, mais qui serait en grande partie propriétaire des fonds créés en son sein.

Nous gérons des fonds philanthropiques, nous administrons les actifs de fondations, nous conseillons des organisations ou des personnes qui souhaitent redonner à la communauté. Aujourd’hui, nous gérons un actif de près de 350 millions de dollars et nous administrons près de 650 fonds voués à soutenir tous les secteurs de notre communauté. Cette mutualisation, en plus de générer de meilleurs rendements, nous permet d’être de plus en plus engagés dans la communauté.

En 2019, la FGM a distribué plus de 12 millions de dollars en subventions et a mené de grands projets comme celui de Faim Zéro à Montréal, avec une attention particulière aux enfants. Nous nous sommes aussi engagés contre la pauvreté au sein d'un front commun avec 7 autres fondations grâce au Projet Impact Collectif piloté par Centraide, nous avons soutenu de multiples projets pour mettre fin à l’itinérance, et bien d’autres.

Nous voulons et nous devons agir sur les vrais enjeux de notre communauté et, tous les trois ans, nous recueillons des données tirées de différentes études et sources officielles, que nous compilons dans un portrait global et que nous rendons accessible à tous. Pour cette édition spéciale de ces Signes vitaux, qui marque les 20 ans de la FGM, nous avons décidé d’offrir un portrait des 20 dernières années afin de mesurer nos progrès vers les Objectifs de développement durable.

Ce retour sur les 20 dernières années n’a pas été facile, et je remercie les auteurs de cette étude; l’Institut du Québec, qui a vaillamment réalisé ce portrait. Je veux également remercier tous les membres du comité stratégique Signes vitaux, qui ont partagé avec nous leurs idées et leurs connaissances. Mais il nous manque encore bien des données pour analyser et comprendre notre évolution, comme le démontre la crise de la COVID-19. Je vous invite à télécharger ce rapport dont nous allons parler ce matin, les Signes vitaux du Grand Montréal 2020, qui est disponible
sur le site web de la FGM.
 
Comme c’est le début d’une nouvelle décennie, nous en avons donc profité pour observer la tendance de la dernière décennie ou des derniers 20 ans. Je tiens à dire que cet exercice n’a surtout pas pour but d’accabler les décideurs. Nos leaders, dans leur grande majorité, sont de bonne foi et ils font de leur mieux, que ce soit à Montréal, à Québec ou à Ottawa. Notre communauté poursuit un idéal de bien-être. J'en profite pour souligner également l'engagement total des organismes communautaires, qui travaillent d'arrache-pied pour répondre aux urgences provoquées par cette crise. Ils méritent toute notre reconnaissance.

À la FGM, nous intervenons de façon positive. Pour mieux comprendre, mieux agir, mieux s’entraider. Nous voulons tous avancer en ligne droite, de façon rapide. Mais parfois, le chemin est tortueux et nous force à une pause non seulement pour vaincre l’obstacle immédiat mais pour regarder en arrière.

On commence en plus haute altitude, et on s’attardera ensuite sur quelques points plus précis. Quel est le fait marquant des 10 dernières années dans le Grand Montréal? Vous vous en doutez, c’est ce décollage de l’économie. À partir de 2010 et encore plus fortement à partir de 2015, le Grand Montréal a vraiment appuyé sur l’accélérateur. Nous avons vu une forte croissance économique qui a ramené Montréal parmi les locomotives de l’économie canadienne. Ce qui est évidemment très positif : le taux de chômage était tombé à un niveau historiquement bas, on constatait des progrès en éducation, les conditions de vie en général s’amélioraient.

Et sous cet angle, la pandémie est vraiment une catastrophe : Parce que ça vient casser notre élan, parce que ça crée une détresse immédiate, la mort, la peur, la maladie, l’insécurité financière, parce qu’on sait que se relever va prendre du temps. Et c’est une catastrophe, cette pandémie, parce qu’elle nous met face aux faiblesses de notre communauté qui vont compliquer notre rétablissement.

Ces dix années ont fait beaucoup de bien. Elles ont bénéficié à celles et à ceux qui ont été capables de déplier leur voile pour profiter de la force du vent. Pour bénéficier de la prospérité toutefois, il faut avoir une santé, une capacité, un savoir qui nous permettent de jouer un rôle actif. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Pour que la croissance bénéficie à tous, il faut faire l’effort conscient, délibéré, déterminé d’aller porter ses fruits jusqu’aux démunis, aux vulnérables, aux exclus. I am reminded of the SDG 2030 Agenda, which includes the concept of “Ieave no one behind” and further urges leaders to endeavour to reach first those who are furthest behind.

Et on ne l’a pas fait assez.

La réalité, c’est que nous n’avons pas su profiter de ces années de forte croissance pour bâtir une communauté résiliente capable d’amortir les chocs sur les plus fragiles. L’exemple le plus tragiquement évident, ce sont les CHSLD. Le premier ministre Legault a eu une très bonne image quand il a dit un jour qu’un cas de COVID-19 qui entre dans un CHSLD, c’est comme « une allumette dans le foin ». On était devant un virus inconnu, sournois, une énigme scientifique. C’est vrai. Mais comment accepter un tel niveau d’impréparation? Le sous-investissement dans les CHSLD était connu depuis des années et les gouvernements successifs, sans être totalement inactifs, n’en ont jamais fait une priorité.

La situation générale du Grand Montréal, c’est donc une sorte de renaissance économique très positive, en parallèle d'une occasion manquée de bâtir une communauté plus résiliente. Et tout au long de notre rapport, on voit un peu ces deux aspects, la médaille et son revers.

Nous avons vu de façon générale un recul de la pauvreté depuis 10 ans. À cause de la croissance, et aussi à cause de l’augmentation de l’aide fédérale aux familles, qui est un exemple d’une véritable mesure de développement social des dernières années. Mais ce n’est pas assez. Est-ce qu’on peut accepter qu’au sortir d’un cycle de croissance formidable, la faim soit encore présente à Montréal? En effet, 14 % des Montréalais se disent en situation d’insécurité alimentaire. It means that fourteen out of one hundred people living in Montreal do not have enough to eat, or that they are anxious about how they will be able to put food on their table to feed their children or their family. 23 % des familles monoparentales vivent l’insécurité alimentaire. Et 66 % des gens qui sont en situation d’insécurité alimentaire ont pourtant des revenus d’emploi. On n’a pas su distribuer les bénéfices de la croissance.

Tout n’est pas noir, je le redis. Ce portrait révèle aussi une amélioration des habitudes alimentaires, une augmentation de l’espérance de vie ainsi qu'une diminution du taux de suicide; Laval et Montréal sont d’ailleurs les deux régions avec le plus bas taux de suicide au Québec. Ce sont des indicateurs sociaux qui sont positifs.

Parlons un peu d'éducation. Montréal est un paradoxe. Une métropole universitaire de classe mondiale qui pourtant valorise peu l’éducation. Le niveau d’éducation augmente, particulièrement chez les filles qui sont majoritaires dans presque toutes les facultés universitaires, mais on continue d’avoir un taux de décrochage très élevé au secondaire. Dans l’ensemble, 70% de tous les élèves du secondaire du Grand Montréal obtiennent leur diplôme d’études secondaires en cinq ans, mais les variations peuvent être de 10 points, même 15 points entre une commission scolaire et une autre, ou entre les garçons et les filles. Et on est encore loin de la moyenne canadienne.

Il y a beaucoup de raccrocheurs, mais à la fin, on reste encore avec environ 15 % de nos jeunes adultes qui n’ont rien dans les mains pour gagner leur vie de manière satisfaisante et épanouissante. Seulement 17 % des jeunes de 17 ans qui vivent en centre jeunesse atteignent leur secondaire 5. Le prix à payer est élevé, économiquement et socialement. Un décrocheur a des revenus de 30 % inférieurs à un diplômé du secondaire. On continue d’avoir une jeunesse sous-outillée.

Déplaçons notre regard. Un fait marquant de la dernière décennie, et on peut remonter jusqu’à l’an 2000, c’est l’amélioration des conditions de vie des femmes. On note en effet des progrès majeurs en éducation, des progrès majeurs sur le plan des revenus. Nous avons vu une ascension des femmes dans les postes décisionnels et d’influence. Montréal a sa première mairesse, rappelons-le. Montréal est la championne canadienne de la participation des femmes au marché du travail. Mais encore ici, il y a beaucoup de laissées pour compte.

Les femmes immigrantes ont nettement plus de difficulté à se trouver un emploi. Les femmes autochtones sont encore plus marginalisées. Ce qui est très inquiétant, c’est la question de la violence faite aux femmes. Entre 2013 et 2017, les infractions sexuelles déclarées ont augmenté dans les régions métropolitaines de Montréal, Toronto, Vancouver et Calgary. C’est à Montréal que la progression a été la plus forte. Est-ce que c’est vraiment plus de violence ou plus de dénonciations de la violence? Ce n’est pas facile à départager. Rappelons que le phénomène #MeToo pris son envol à l’automne 2017.

C’est une situation qui va demander beaucoup d’attention dans les années à venir; les problèmes de violence conjugale et de violence sexuelle ont des impacts dévastateurs sur les victimes qui sont en très grande majorité des femmes et tristement souvent des jeunes femmes.

Terminons avec l’environnement. Il y a eu des progrès, notamment une meilleure qualité de l’eau, une réduction des pertes d'eau potable, plus d’aires protégées, ou encore une réduction, très faible, des déchets.

La Ville de Montréal a réduit son empreinte carbone, c’est très bien, mais des pas importants restent à faire pour atteindre les objectifs de développement durable. Sur le plan environnemental, les progrès sont, au mieux, timides. Le Grand Montréal reste prisonnier des embouteillages et accro à la voiture et plus particulièrement aux camions légers comme les VUS. Le nombre d’automobiles continue d’augmenter plus vite que la population.

J’arrête ici ce bref survol des Signes vitaux du Grand Montréal. Ce qui est d’une infinie tristesse, c’est que cette pandémie vient briser l’élan de notre métropole. Montréal était en progression, mais nous avons manqué de vigilance. Nous n’avons pas su mettre à profit ces années fastes pour nous donner une communauté résiliente. Et cette situation va compliquer le retour vers la normale. Il faudra être extrêmement vigilants dans les semaines et les mois à venir. Je pense aux enfants en retard scolaire qui auront de la difficulté à rattraper le temps perdu. Les difficultés économiques vont amplifier la détresse sous toutes ses formes.

Il faudra que chaque geste de relance soit orienté vers un développement à long terme et inclusif. Montréal est une métropole extraordinaire, mais elle est frappée en plein cœur, au cœur de ses aines, des jeunes en difficulté, de ses écoles et de ses artistes. Les gouvernements doivent être conscients de leurs responsabilités économiques et surtout sociales et mieux orienter leurs choix vers les Objectifs de développement durable. Les entreprises doivent aussi mesurer davantage leur propre santé à la lumière de la santé de l’ensemble de la société. Les fondations doivent poursuivre leurs contributions en étant davantage des partenaires de la résilience, plus agiles et plus ouvertes à l’innovation. Et nous tous, nous devons comprendre que nous avons besoin les uns des autres. On doit tous agir ensemble et non plus en silo. Nos décisions d’aujourd’hui déterminent déjà notre avenir

Voilà pourquoi nous vous présentons aussi dans notre rapport les projets de 13 jeunes leaders de la relève, profondément engagés dans la communauté et qui font le pont entre l’année 2020 et celle de 2030. Vous pourrez les entendre lors d’un événement spécial que nous organiserons à l’automne prochain. Et à ce moment, comme vous le savez maintenant je crois, c’est mon successeur Karel Mayrand, que je félicite pour sa nomination, qui aura pris la relève de ce projet.

Je vous remercie de votre attention dans ces conditions bien particulières et j’espère que vous serez, en tant qu’individus et organisations, tous et toutes parties prenantes du grand élan qui doit faire du Grand Montréal une communauté plus résiliente d’ici 2030.

Je vous invite encore en terminant à
télécharger le rapport Signes vitaux du Grand Montréal 2020 sur notre site web, à le lire, à le partager, à en discuter. The report is also available in English on FGM’s website. Portez-vous bien, et merci beaucoup!

The 2020 Vital Signs of Greater Montréal report is available on FGM’s website at fgmtl.org/en/signesvitaux, and the key findings are gathered in this document. You can also watch this overview of the 2020 Vital Signs report process and main conclusions, or the complete speech and discussion of June 9, with Mr. Gauthier (in French).