Nouvelle

3,6 milliards pour soulager la misère des pauvres au Québec



Montréal, le 24 février 2016 - En 2011, un citoyen sur dix ne disposait pas d'assez d'argent pour couvrir le coût de ses besoins essentiels, selon l'IRIS.   
Il aurait suffi de 3,6 milliards pour que tous les Québécois puissent au moins subvenir à leurs besoins de base en 2011, estime une étude de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS).
 
Un peu plus de 11 % des personnes et 14 % des ménages québécois ne disposaient pas de revenus suffisants — même après les impôts et transferts des gouvernements — pour couvrir le coût d’un panier de biens et services essentiels en matière notamment de logement, de nourriture, de vêtements et de transport. L’ampleur de ce manque à gagner va grandissant puisque l’écart, en dollar constant, n’était que de 2,5 milliards en 2002, rapporte l’étude dévoilée mardi et intitulée : « Le déficit humain imposé aux plus pauvres ».
 
« Ce déficit grandissant et qui s’accumule année après année est grave dans une société qui aurait les moyens de faire autrement et qui s’est même donné une loi pour tendre vers un Québec sans pauvreté. C’est grave parce que cela veut dire que quelque part, des personnes sont forcées de prendre sur elles, sur leur santé, sur leur espérance de vie parce qu’elles n’ont pas le minimum requis. C’est pour cela qu’on parle de déficit humain », a déclaré en entretien téléphonique au Devoir Vivian Labrie, coauteure de l’étude avec Simon Tremblay-Pépin.

Un bien petit panier de consommation
 
Leurs calculs se basent sur les dernières données disponibles sur la mesure du panier de consommation (MPC) de Statistique Canada, un indicateur du seuil de pauvreté reconnu par Québec. Cherchant à tenir compte du coût de la vie selon le type de ménage et leur lieu de résidence, ce seuil a été établi, par exemple, à entre 30 900 $ et 33 100 $ pour une famille de deux adultes et deux enfants en 2011. « C’est un seuil franchement très bas, précise Vivian Labrie. On estimait, par exemple, le coût du logement de cette famille de quatre à seulement 715 $ par mois à Montréal. »
 
Bon an mal an, les 10 % des ménages les plus pauvres disposent en moyenne de la moitié de ce seuil minimum. Les Québécois qui appartiennent au décile suivant font à peine mieux avec un revenu moyen qui approche — mais ne dépasse jamais — la barre fatidique. Ceux du troisième décile se maintiennent tout juste au-dessus. À l’autre extrême de la distribution de la richesse, le 10e décile a vu son revenu moyen se tasser un peu de 2002 à 2011, d’environ 4,5 fois la MPC à 4 fois. Les 9e et 8e déciles se sont maintenus quant à eux aux alentours respectivement de 3 fois et de 2,5 fois la MPC.
 
Au total, l’ensemble des ménages qui ne parviennent pas à atteindre la MPC ont vu leur retard par rapport à ce seuil passer de 2,5 milliards, en 2002, à 3,6 milliards en 2011 alors que les dépassements de tous les autres ont augmenté de 81 milliards à 92,8 milliards, une augmentation attribuable en partie à la croissance démographique. « Ce que cela indique, c’est que nous avons collectivement les moyens de permettre à tout le monde de répondre à ses besoins de base et qu’on aurait facilement pu combler le déficit des uns en prenant ne serait-ce qu’une part de l’augmentation du surplus des autres. »

Déficit humain cumulé

 

Récupérant les discours en vogue sur l’état des finances publiques, les deux chercheurs de l’IRIS comparent les tendances suivies au cours de ces dix années par les déficits budgétaires et les déficits à la MPC. Ils constatent que le déficit cumulé des finances publiques québécoises s’est à peine élevé à 7,9 milliards en dollar courant, soit trois fois moins que les 27 milliards du « déficit humain » à la MPC. « Il semble cependant que ceux et celles qui en subissent les douloureuses conséquences ne reçoivent pas la même attention médiatique que les détenteurs de la dette publique du Québec », ironisent-ils.

 

Les chercheurs tirent de tout cela plusieurs conclusions. La première est qu’il est important de s’assurer que les statisticiens officiels continuent de suivre l’évolution du degré d’atteinte de la MPC. D’autres indicateurs de revenus moins restrictifs devront aussi être mis au point afin de présenter un reflet plus proche de la réalité de la nature et du coût des besoins minimums des individus. Il faut se rappeler également que ces revenus des ménages ne pourront jamais couvrir l’ensemble de leurs besoins essentiels et que plusieurs autres relèvent de l’accès à des biens et des services publics financés collectivement, comme le système de santé et d’éducation.

 

Le coeur de Vivian Labrie bascule entre l’optimisme et le pessimisme. « On sent une certaine évolution des mentalités depuis l’adoption en 2002 de la loi pour un Québec sans pauvreté. D’un autre côté, le gouvernement parle de couper encore dans l’aide sociale qui est à 50 % des seuils dont on vient de parler. »




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